Après la plaine russe étendue sur plus de deux mille kilomètres, avec ses vallonnements, ses bois, ses fleuves, de l'océan Arctique au bassin de la Méditerranée, le voyageur éprouve, à découvrir le Caucase, une sorte d'émerveillement. La haute montagne l'accueille dans ses défilés ; la dent de glace du Kazbek, volcan éteint, y domine de larges vallées vertes et dorées. Les hommes qu'il rencontre sur la route ont une singulière beauté ; ils portent le long vêtement de bure du moyen âge, barré à la ceinture par le poignard droit qui leur sert à couper le pain… Le voiturier conduisant l'antique attelage à deux roues, traîné par des bœufs trapus aux cornes courtes, chante doucement pour rythmer le pas de ses bêtes ; et il arrive qu'il compose son chant au fur et à mesure qu'il avance ; ou bien qu'il sache par cœur d'admirables strophes d'un poème d'amour chevaleresque que Chota Roustavéli écrivit au xiie siècle, au temps de la grandeur géorgienne